Tourisme de masse…

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Comme disait le poète :

« Que ce soit dimanche ou lundi, soir ou matin, minuit, midi », les touristes aux touristes ressemblent. »

Dans les Alpilles, ils visitent les Baux de Provence…

Oui mais voilà, première désillusion : trouver une place.
La Naiba ! diraient les Roumains — bon je sais, ils ne sont pas légion déguisés en touristes dans les Alpilles.

Mais, qu’il est compliqué de se garer au pied de ce foutu village.
Et en plus il faut monter, avec la chaleur ça ne va pas être triste !
Faute de pouvoir faire mieux, les voilà qui entreprennent l’ascension et découvrent la deuxième déconvenue : le parcmètre !
Si vous le permettez, je m’abstiendrai de répéter les jurons…

Ensuite, nos envahisseurs estivaux atteignent le village, retrouvent un peu de fraîcheur à la faveur des ruelles étroites et émerveillés par les attraits du site, oublient leurs premiers sentiments négatifs.
Il passeront ainsi une merveilleuse après-midi ou bien profiteront de la fraîcheur de la soirée à la terrasse d’un agréable restaurant, surplombant les roches ruiniformes du Val d’Enfer alors inaccessibles par arrêté préfectoral. Mieux vaut dépenser ses sous dans le village que déambuler gratuitement dans des zones fragiles…

Vous allez me dire que je crache dans la soupe, que je ne suis jamais content, que le site demande beaucoup d’entretien, qu’il faut bien sécuriser l’accès au village, etc. etc.

Et vous aurez raison !
Je me permets d’ajouter qu’il existe un parking gratuit pour les vélos à l’entrée du village et que quelques places handicapés, les plus proches, sont gratuites…

Le tourisme est le nouvel eldorado pour les régions rurales désertées par les entreprises qui elles s’agglutinent dans les métropoles. Dans le midi, si vous voulez bosser c’est soit Marseille, Nice ou Montpellier, soit le tourisme… Ne faisons pas la fine bouche, le tourisme fait vivre une bonne partie de la population des Alpilles, c’est toujours mieux qu’au XIX° siècle où les lieux étaient déserts.

Donnons la parole à Jules Canonge qui, en 1844, écrivait ceci dans son livre « Notice historique sur la ville des Baux » :

Parti le matin de Saint-Remy, j’avais admiré la bizarre silhouette que dessinaient sur le ciel ces crêtes arides : c’étaient des pics taillés en obélisques, des châteaux en ruine, des masses pendantes sur le vide ou d’étroits défilés s’ouvrant et serpentant dans l’intervalle des monts. Je n’avais pour me guider que le sentier du pâtre ou le lit du torrent.
Tout à mes rêveries, je me vis bientôt égaré; quatre fois j’avais escaladé et descendu les pentes rapides du triple rempart qui me séparait du but, sans rencontrer une créature humaine, un gazon, une source, un ombrage.
Comme je descendais le versant de la dernière colline, j’aperçus enfin dans la plaine deux femmes conduisant des ânes, et bientôt après, je gravissais avec elles un rude sentier, car elles aussi allaient à la ville des Baux.
Chemin faisant,j’examinai mes conductrices : je ne crois pas que la misère se soit jamais présentée sous de plus tristes haillons et des traits plus douloureux : leurs ânes rogneux, efflanqués et chargés outre mesure trébuchaient à chaque pas.
Quelques soupirs à demi étouffés éveillèrent ma curiosité, j’en demandai la cause : « Hélas ! mon bon Monsieur, me fut-il répondu , le village des Baux est pauvre ; son territoire ne produit rien que des lierres et des herbes sauvages que nous cueillons pour les vendre aux villes voisines. Ce matin nous étions allées à Arles porter ces deux charges, nous comptions sur leur prix pour, nourrir notre famille, et nous revenons sans avoir pu les vendre !
Et à combien estimez-vous ces deux charges ?
Il peut bien y en avoir pour trente sous.»
Ainsi ces malheureuses avaient travaillé plusieurs jours, fait huit lieues, elles et leurs ânes, pour gagner trente sous, et revenaient sans avoir pu y parvenir ! et, de ce misérable trafic dépendait l’existence de deux familles, de toute une population !

Certes, les indigènes des Baux de Provence on perdu en authenticité ce qu’ils ont gagné en pouvoir d’achat, mais la vision romantique du milieu du XIX° siècle est elle à regretter ?

Certains se désoleront et voudraient réduire les zones rurales à l’état de musée.
Tout comme d’autres (les mêmes?) veulent interdire l’accès aux zones sauvages des Alpilles prétendant préserver l’authenticité des lieux. Nous avons affaire à un milieu vivant qui évolue avec le temps, les villages se tournent vers le tourisme, les sites reculés s’ouvrent aux sports modernes. VTT, escalade transforment la nature tout comme les touristes transforment les villages.

Souhaitons simplement que le pouvoir économique du tourisme, ne réduise pas les écologistes impuissants face aux enjeux financiers, à ce concentrer sur les aventuriers qui osent pénétrer au coeur du massif et ainsi dérégler le fragile équilibre de la nature sanctifiée. Pour le moment, on ne peut que constater que la communication des défenseurs de la nature est essentiellement tournée vers la préservation de sites naturels qui deviennent interdits à l’escalade ou la randonnée.

Comme disent les responsables, l’abîme de Grand Véntur est bien caché au coeur de la garrigue, son accès difficile le préserve des curieux…

Les mêmes ne disaient rien ou si peu sur l’extension de la carrière Omya à Orgon par exemple ou alors sur le projet de logements dans la colline face au moulin de Daudet à Fontvieille…
L’écologie est l’étude des relations des êtres vivants avec leur milieu.

Les commerçants, les touristes, les amoureux de sport de pleine nature, tout comme les rapaces et les reptiles sont des êtres vivants !

Les interdictions de tout poil sont bien souvent ciblées sur les moins puissants…

J’aurais l’occasion de revenir également sur l’accès en forêt en période estivale qui frôle maintenant l’hystérie.

Les censeurs sont puissants en ces temps où la Provence de Maurras revient malheureusement d’actualité…

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